lundi 9 janvier 2012

L'outrage aux mots, Bernard Noël (Jean-Jacques Pauvert, 1975)




Depuis que j'ai lu ce texte, chaque fois que je pense à une postface d'auteur (par opposition aux postfaces de commentateurs), me vient immédiatement à l'esprit celle écrite par Bernard Noël pour Le Château de Cène même si elle ne porte pas "officiellement" ce nom. Et, bizarrement, malgré la force magistrale et la violence inouïe du roman, le souvenir le plus marquant que je garde du livre dans son ensemble (à la manière dont Baudelaire écrivait à son avocat à propos des Fleurs du Mal : "Le livre doit être jugé dans son ensemble, et alors il en ressort une terrible moralité.") concerne ce brûlot qui éclaire la fiction et en démultiplie la puissance en l’ancrant dans le réel de façon proprement i-ni-ma-gi-na-ble.

Hommage absolu à la vie, aux morts, à la révolte. Aux livres tout autant qu’à leurs limites et à la cruauté de l'écriture. Lieu de naissance d’un sublime néologisme-valise - SENSURE - dont la limpidité parle d’elle-même. Cri contre l’ordre moral et son éternel retour, récit d'une tentative de purification avortée contre une hypocrisie et un mensonge généralisés de la société qui, comme le spectaculaire pour Debord, se manifestent de façon intégrée, c’est-à-dire « à la fois comme concentré et comme diffus ». Perle rare dont chaque phrase pourrait être citée (en exemple) et où chaque mot atteint sa cible : depuis le titre - formidable écho à l’outrage aux mœurs - jusqu’au point final, tout y est d'une nécessité totale et d’une sincérité incandescente. Mieux qu’un manifeste ou un plaidoyer : l’expression du tragique des choses malgré le combat de quelques hommes pour la vérité. 

Elevée à ce niveau, la postface d’auteur est bien plus qu’un supplément d’âme ou un exercice d’auto-justification : une œuvre à part entière comme semble le prouver le fait que Bernard Noël ait repris son titre pour le donner au volume de ses Œuvres complètes qui comprend ses principaux écrits politiques (P.O.L, 2011). A lire...

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